Esplorazione del Bianco (2013)

Projection-1

Extrait de Projection I de M. Feldman

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Mon désir n’est pas de composer, mais de projeter un son dans le temps, libre d’une rhétorique qui n’avait pas de place ici…
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– Feldman

 
Esplorazione del Bianco est un concert solo questionnant les liens entre geste musical et temps, entre geste et silence.

 
Ce programme explore le rapport de l’oreille au vide à travers plusieurs compositeurs, diverses manières de l’intégrer et d’amener d’auditeur à le ressentir : de l’exploration du Blanc chez Salvatore Sciarrino à la projection du temps chez Morton Feldman.

 
Conçu autour de cinq compositeurs d’après-guerre emblématiques mis en regard avec l’œuvre de Marin Marais et J.S Bach, le rapprochement des deux compositeurs avec nos contemporains met en relief l’idée d’instant que nourrit Søren Kierkegaard, de La Rêveuse de Marin Marais à Projection I de Morton Feldman :

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Dès lors qu’on pose l’esprit, on a l’instant. (…) L’instant est cette équivoque où le temps et l’éternité se touchent, et c’est ce contact qui pose le concept du temporel où le temps ne cesse de rejeter l’éternité et où l’éternité ne cesse de pénétrer dans le temps.
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Le titre de ce concert est tiré de l’œuvre pour contrebasse de Sciarrino :

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Dans le silence, le vide, le néant, nous nous rencontrons nous-mêmes, nos angoisses nocturnes aussi bien que nos rêves perdus. L’absence de sons qui résonnent doit en effet exercer une pression sur l’oreille.
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Dans Esplorazione del Bianco I nous sommes exactement dans cette musique de l’infime, du bruit et de la vacuité. Le Blanc, qui renvoie aux arts picturaux et à Malevitch, est cette matière que Sciarrino malaxe et manipule dans ses différentes pièces, qui crée cette atmosphère particulière où l’attention du public est rivée vers la source sonore et visuelle.

 
Lachenmann et Scelsi explorent quant à eux les frottements internes du son et du silence au sein de ses battements propres, ils mettent en évidence le rapport corporel à l’onde sonore dans la confrontation de sons infiniment proches, afin « d’entrer dans le son ». Le Réveil Profond et Pression sont deux pièces explorant le rapport du geste au temps par d’autres biais, d’autres questionnements et ouvrant ainsi l’oreille à d’autres écoutes.

 
L’objet de ce programme, l’exploration du blanc, du vide et du rapport de l’individu à sa propre temporalité trouve une résonnance dans la citation de Marcel Duchamp : « c’est le regardeur qui fait le tableau »

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Je m’intéresse à la manière dont le temps existe avant que nous posions nos pattes sur lui – nos intelligences, nos imaginations, en lui.
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– Feldman